La mise en demeure : ce qu'elle doit contenir pour servir
Ce n'est pas un courrier de colère mais un acte juridique : elle conditionne les dommages et intérêts et fait courir les intérêts. Les mentions à ne pas oublier.
- Sauf inexécution définitive, les dommages et intérêts ne sont dus que si le débiteur a d'abord été mis en demeure de s'exécuter dans un délai raisonnable.
- La mise en demeure de payer une somme d'argent fait courir l'intérêt moratoire au taux légal, sans avoir à justifier d'un préjudice.
- Le débiteur est mis en demeure par une sommation ou un acte portant interpellation suffisante : votre lettre doit donc être claire et exigeante.
- Elle date votre réclamation, ce qui compte pour la prescription comme pour la démonstration de votre bonne foi.
- Le recommandé avec accusé de réception donne la date de réception, qui est souvent celle qui déclenche les effets.
On la présente souvent comme un courrier ferme, une manière d’élever le ton. C’est une erreur de perspective. La mise en demeure est un acte juridique : elle produit des effets précis, prévus par le code civil, et son absence prive parfois d’un droit. Écrire une bonne mise en demeure, ce n’est pas écrire une lettre en colère, c’est cocher des cases.
Les trois effets qu’elle produit
Elle ouvre le droit aux dommages et intérêts. À moins que l’inexécution ne soit définitive, les dommages et intérêts ne sont dus que si le débiteur a préalablement été mis en demeure de s’exécuter dans un délai raisonnable (article 1231 du code civil). Sans elle, votre demande d’indemnisation est fragile avant même d’être examinée sur le fond.
Elle fait courir les intérêts. La mise en demeure de payer une obligation de somme d’argent fait courir l’intérêt moratoire, au taux légal, sans que le créancier soit tenu de justifier d’un préjudice (article 1344-1). L’effet est automatique et ne se discute pas.
Elle date votre réclamation. C’est ce qui vous permet, des mois plus tard, de démontrer quand vous avez demandé, quoi, et que rien n’a suivi. Cette chronologie est ce qu’un juge lit en premier.
La forme exigée
Le débiteur est mis en demeure de payer soit par une sommation ou un acte portant interpellation suffisante, soit, si le contrat le prévoit, par la seule exigibilité de l’obligation (article 1344 du code civil).
Retenez l’expression « interpellation suffisante ». Un message qui demande poliment « où en est-on ? » n’interpelle pas suffisamment. Il faut que le destinataire comprenne sans ambiguïté qu’on exige de lui une exécution, dans un délai, faute de quoi des suites sont envisagées.
Ce que la lettre doit contenir
Les parties, précisément. Vos nom et adresse, et ceux du destinataire. Pour une entreprise, la dénomination sociale exacte et le siège, pas l’enseigne du magasin : c’est la personne juridique que vous mettez en demeure.
Les faits, datés. Le contrat, l’achat ou la prestation, sa date, ce qui était dû, ce qui n’a pas été fait. Des faits vérifiables, pas des appréciations. Écrivez « la livraison, prévue le 12 mars, n’est pas intervenue » plutôt que « votre service est inacceptable ».
Le fondement. L’article applicable si vous le connaissez, ou à défaut l’engagement contractuel non tenu. Nommer le texte change le registre de la réponse, parce que cela montre que le dossier est construit.
La demande, précise. Ce que vous voulez exactement : réparer, remplacer, livrer, rembourser, cesser. Si c’est une somme, chiffrez-la, et détaillez son calcul.
Le délai. Raisonnable et daté. « Sous quinze jours à compter de la réception de la présente » est plus solide que « rapidement ». Un délai manifestement trop court peut vous être reproché.
La suite envisagée. Une phrase sobre indiquant qu’à défaut, vous engagerez les démarches utiles. Inutile de détailler des menaces : la sobriété est plus crédible.
La mention des intérêts, si l’objet est une somme d’argent : rappelez que l’intérêt au taux légal court à compter de la réception, en visant l’article 1344-1.
Le ton fait partie du dossier
Votre lettre sera potentiellement lue par un conciliateur puis par un juge. Un courrier factuel, mesuré, qui ne cherche pas à humilier, vous sert deux fois : il obtient plus souvent une réponse, et il vous place du bon côté quand on compare les comportements.
L’envoi
Recommandé avec accusé de réception. Ce n’est pas une condition de forme posée par le texte, mais c’est ce qui vous donne la date de réception, celle qui déclenche les effets et fait courir votre délai.
Conservez l’ensemble : la copie de la lettre, la preuve de dépôt, l’avis de réception. Classés ensemble, ils forment une pièce unique et lisible.
Si le destinataire ne retire pas le courrier, gardez l’avis : le fait que la lettre ait été présentée à son adresse compte.
Après la mise en demeure
Elle n’est pas une fin, c’est une clé qui ouvre les étapes suivantes selon la nature du litige :
- une tentative amiable, obligatoire pour les demandes n’excédant pas 5 000 euros et pour les troubles anormaux de voisinage (article 750-1 du code de procédure civile), détaillée dans conciliation préalable ;
- une injonction de payer, pour une créance contractuelle d’un montant déterminé, décrite dans injonction de payer ;
- la saisine du juge, souvent sans avocat pour ces montants, expliquée dans saisir le tribunal sans avocat.
Gardez enfin en tête la règle qui gouverne tout : celui qui réclame l’exécution d’une obligation doit la prouver (article 1353 du code civil). Une mise en demeure impeccable ne remplace pas les pièces, elle les met en scène.
Étape par étape
Identifiez précisément les parties
Vos nom et adresse, ceux du destinataire. Pour une entreprise, la dénomination exacte et le siège, pas l'enseigne du magasin.
Exposez les faits, datés
Le contrat ou l'achat, sa date, ce qui était dû, ce qui n'a pas été fait. Des faits, pas des reproches.
Nommez le fondement
L'article applicable, ou à défaut l'engagement contractuel non tenu. Un courrier qui cite le texte change le registre de la réponse.
Formulez une demande précise et un délai
Ce que vous voulez exactement, chiffré si c'est une somme, et un délai raisonnable et daté pour s'exécuter.
Envoyez en recommandé et conservez tout
Lettre recommandée avec accusé de réception, copie de la lettre, preuve de dépôt et avis de réception classés ensemble.
Et je le fais avec vous
Vous savez maintenant ce à quoi vous avez droit. Je peux m'occuper de la suite : je rédige votre mise en demeure sur la base de la loi, je l'envoie en recommandé, et je vous accompagne jusqu'au bout, du premier courrier au tribunal s'il le faut. Vous restez maître à chaque étape.
Rejoindre la liste d'attenteJe suis une assistante juridique 100 % IA, en toute transparence. Je ne suis pas un cabinet d'avocats.Questions fréquentes
La mise en demeure est-elle obligatoire ?
Quel effet a-t-elle sur une somme d'argent ?
Sous quelle forme doit-elle être faite ?
Faut-il obligatoirement un recommandé ?
Quel délai accorder ?
Que faire si elle reste sans réponse ?
- Code civil, art. 1344 (formes de la mise en demeure du débiteur)
- Code civil, art. 1344-1 (intérêt moratoire au taux légal)
- Code civil, art. 1231 (mise en demeure préalable aux dommages et intérêts)
- Code civil, art. 1231-1 (dommages et intérêts pour inexécution ou retard)
- Code civil, art. 1353 (charge de la preuve)
- Code de procédure civile, art. 750-1 (tentative amiable préalable obligatoire)
- Service-Public.fr : accord amiable pour éviter un procès civil
- Service-Public.fr : conciliateur de justice
- Service-Public.fr : recouvrement de dettes, injonction de payer et procédure simplifiée