Retenues sur le dépôt de garantie : ce qui est justifié
Le propriétaire retient une partie de votre dépôt pour dégradations ? Ce qu'il doit prouver, ce que la vétusté lui interdit de vous facturer, et comment contester.
- Une retenue n'est valable que si elle est dûment justifiée : sans facture, devis ou décompte, elle n'a pas de fondement.
- La comparaison entre l'état des lieux d'entrée et celui de sortie est la pièce maîtresse : sans elle, il est très difficile de vous imputer quoi que ce soit.
- Ce qui a vieilli normalement ne vous est pas imputable : la vétusté est expressément exclue de vos obligations.
- S'il n'a jamais été fait d'état des lieux, le locataire est présumé avoir reçu le logement en bon état, sauf preuve contraire.
- Un devis n'est pas une preuve de dépense : vous pouvez demander la facture des travaux réellement effectués.
Le décompte arrive, et la somme a fondu : 350 euros de peinture, 120 euros de nettoyage, 80 euros pour un joint. Rien n’est joint, et le solde tient en une ligne. Cette situation est fréquente, et elle est contestable dans la plupart des cas, pour une raison simple : la loi ne demande pas au propriétaire d’être raisonnable, elle lui demande de justifier.
La règle en une phrase
L’article 22 de la loi du 6 juillet 1989 autorise le propriétaire à déduire du dépôt de garantie les sommes restant dues, et celles dont il pourrait être tenu à votre place, sous réserve qu’elles soient dûment justifiées.
Tout tient dans ces trois mots. Une retenue sans pièce n’est pas une retenue trop élevée : c’est une retenue sans fondement.
Les trois questions à poser à chaque ligne du décompte
1 · La dégradation est-elle constatée ?
La preuve se construit par comparaison entre l’état des lieux d’entrée et l’état des lieux de sortie. L’article 1730 du code civil le dit clairement : s’il a été fait un état des lieux, le locataire doit rendre la chose telle qu’il l’a reçue suivant cet état, excepté ce qui a péri ou a été dégradé par vétusté ou force majeure.
Concrètement, si un défaut n’apparaît pas dans cette comparaison, il ne vous est pas imputable. Un propriétaire qui invoque une dégradation absente de l’état des lieux de sortie s’appuie sur rien.
S’il n’y a jamais eu d’état des lieux, l’article 1731 du code civil présume que le locataire a reçu le logement en bon état de réparations locatives et doit le rendre tel, sauf preuve contraire. La présomption joue donc contre vous, mais elle est réfragable : des photos datées de votre entrée, des échanges écrits, des témoignages peuvent la renverser. Et l’article 3-2 de la loi de 1989 ajoute une nuance décisive : cette présomption ne peut pas être invoquée par la partie qui a fait obstacle à l’établissement de l’état des lieux ou à sa remise. Un propriétaire qui a refusé de faire l’état des lieux ne peut pas s’en prévaloir.
2 · Est-ce de la vétusté ?
C’est l’argument qui fait tomber le plus de retenues.
L’article 7 d) de la loi de 1989 met à votre charge l’entretien courant, les menues réparations et les réparations locatives définies par décret, sauf si elles sont occasionnées par vétusté, malfaçon, vice de construction, cas fortuit ou force majeure.
La vétusté, c’est l’usure normale liée au temps et à un usage conforme. Une peinture ternie après plusieurs années, une moquette élimée dans le passage, des joints qui ont noirci : ce n’est pas une dégradation, c’est du vieillissement. Le texte prévoit d’ailleurs que les modalités de prise en compte de la vétusté sont déterminées par décret, et que dans le parc social, des grilles de vétusté issues d’accords locaux peuvent s’appliquer lors de l’état des lieux, à la demande du locataire.
Dans votre contestation, indiquez pour chaque ligne l’ancienneté de l’élément concerné. Une réfection facturée intégralement sur un équipement ancien ignore cette règle.
3 · La dépense est-elle prouvée ?
Un devis annonce ce que coûteraient des travaux. Il ne prouve pas qu’ils ont été faits, ni à quel prix. Face à un montant significatif, demandez la facture acquittée des travaux réellement réalisés. Beaucoup de retenues fondées sur un devis ne survivent pas à cette demande.
Le réflexe qui protège
Le jour de l’état des lieux de sortie, photographiez chaque pièce, en pleine lumière, et conservez les fichiers avec leur date. C’est gratuit, cela prend dix minutes, et c’est la pièce que vous regretterez de ne pas avoir si le décompte arrive deux mois plus tard.
La provision de 20 % en immeuble collectif
Si le logement est dans un immeuble collectif, le propriétaire peut, lorsqu’elle est dûment justifiée, conserver une provision qui ne dépasse pas 20 % du dépôt de garantie, jusqu’à l’arrêté annuel des comptes de l’immeuble (article 22). La régularisation définitive intervient dans le mois qui suit l’approbation des comptes.
Cette retenue est donc légitime dans son principe, mais plafonnée et temporaire. Elle ne permet ni de garder plus de 20 %, ni de garder cette part indéfiniment.
Contester, dans le bon ordre
La démarche pas à pas figure en tête de cet article. Deux conseils sur la manière :
Soyez chirurgical. Acceptez par écrit ce qui est justifié, contestez le reste ligne par ligne avec un motif à chaque fois. Une contestation ciblée est bien plus crédible qu’un refus en bloc, et elle vous place en position de bonne foi si le dossier va plus loin.
Passez par la conciliation avant le juge. La commission départementale de conciliation est expressément compétente pour les litiges relatifs à l’état des lieux, au dépôt de garantie, aux charges locatives et aux réparations (article 20). Sa saisine est gratuite et elle rend un avis dans un délai de deux mois. Cet avis peut ensuite être transmis au juge par l’une ou l’autre des parties.
Si le propriétaire ne vous a rien rendu du tout, c’est le guide dépôt de garantie non restitué qu’il faut lire : les délais et la majoration de 10 % par mois de retard y sont détaillés.
Étape par étape
Réclamez les justificatifs par écrit
Demandez au propriétaire, par lettre recommandée avec accusé de réception, le détail chiffré de chaque retenue et les pièces correspondantes : facture, devis, décompte, extrait de l'état des lieux.
Comparez les deux états des lieux
Mettez côte à côte l'état des lieux d'entrée et celui de sortie. Une dégradation qui n'apparaît pas dans la comparaison ne peut pas vous être imputée.
Écartez ce qui relève de la vétusté
Peinture ternie, moquette usée, joints vieillis : ce qui résulte de l'usage normal et du temps ne vous est pas imputable. Notez l'ancienneté de chaque élément en cause.
Envoyez une mise en demeure chiffrée
Reprenez ligne par ligne les retenues que vous acceptez et celles que vous contestez, avec le motif, et mettez le propriétaire en demeure de restituer la somme contestée sous quinze jours.
Saisissez la commission départementale de conciliation
Sa saisine est gratuite et elle est compétente pour les litiges relatifs à l'état des lieux et au dépôt de garantie. Elle rend un avis dans les deux mois.
Et je le fais avec vous
Vous savez maintenant ce à quoi vous avez droit. Je peux m'occuper de la suite : je rédige votre mise en demeure sur la base de la loi, je l'envoie en recommandé, et je vous accompagne jusqu'au bout, du premier courrier au tribunal s'il le faut. Vous restez maître à chaque étape.
Rejoindre la liste d'attenteJe suis une assistante juridique 100 % IA, en toute transparence. Je ne suis pas un cabinet d'avocats.Questions fréquentes
Le propriétaire peut-il retenir sur simple devis ?
Peut-on me facturer la peinture refaite après cinq ans ?
Et s'il n'y a jamais eu d'état des lieux ?
L'état des lieux d'entrée est incomplet, puis-je encore agir ?
Puis-je contester une partie seulement des retenues ?
- Loi n° 89-462 du 6 juillet 1989, art. 22 (retenues dûment justifiées, provision de 20 % en immeuble collectif)
- Loi n° 89-462 du 6 juillet 1989, art. 7 d (réparations locatives, exclusion de la vétusté)
- Loi n° 89-462 du 6 juillet 1989, art. 3-2 (état des lieux, délai de dix jours, saisine de la CDC)
- Loi n° 89-462 du 6 juillet 1989, art. 20 (compétence de la CDC sur l'état des lieux et le dépôt de garantie)
- Code civil, art. 1730 et 1731 (restitution suivant l'état des lieux, présomption à défaut d'état des lieux)
- Service-Public.fr : état des lieux de sortie pour un bail d'habitation
- Service-Public.fr : qui est responsable des dégradations dans un logement en cours de location ?
- Service-Public.fr : entretien courant et réparations locatives à la charge du locataire
- Service-Public.fr : dans quel cas saisir la commission départementale de conciliation (CDC) ?